“Intime Conviction” définitivement interdit d’antenne et de Web…

arteLa Cour d’appel a tranché : “Intime Conviction” ne reviendra ni sur le site d’Arte, ni sur son antenne. Un jugement sévère qui pose question.

La justice a de nouveau tranché : le programme Intime Conviction est définitivement interdit. C’est l’arrêt rendu vendredi 28 février dans la soirée par la Cour d’appel de Paris, dans l’affaire opposant la chaîne Arte (et la société de production Maha) à Jean-Louis Muller, ce médecin du Bas-Rhin dont le procès pour le meurtre de sa femme (il a été acquitté en octobre dernier par la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle) a inspiré le programme télé.

Confirmant la décision rendue jeudi 27 février ordonnant la cessation immédiate du programme bi-média (un téléfilm et un site web), pour atteinte à la vie privée, la Cour a également confirmé la condamnation de la chaîne et de la société Maha Productions à 30.000 euros de dommages et intérêts.

La Cour d’appel donne ainsi raison aux avocats de Jean-Louis Muller, qui ont à nouveau souligné lors de l’audience d’appel la proximité trouble de la fiction d’Arte avec la véritable affaire. Me Dupont-Moretti a, comme en première instance, relevé les nombreuses similitudes entre son client et le personnage : proximité du patronyme, âge, profession, situation familiale, caractère de son épouse, lieux du drame… Mais il s’est surtout élevé contre les éléments fictifs, introduits ici et là, dans le but « de créer du suspense ». « La liberté d’expression, ce n’est pas la liberté de faire n’importe quoi. Vous avez utilisé Muller comme un divertissement, c’est du talk-show de bas étage: tapez 1, il est innocent; tapez 2, il est coupable; tapez 3, c’est un accident! », a-t-il dénoncé avec sa verve coutumière.

Du côté de Maha productions, l’avocat Christophe Bigot a plaidé – sans succès, donc – la « disproportion » de la première condamnation, avant d’écarter toute atteinte à la vie privée. « Est-ce qu’il y a eu révélation d’éléments secrets, connus de personne?, a-t-il fait mine de s’interroger. Non, car tous les faits ont été évoqués dans la presse à l’occasion de l’affaire : les circonstances de la mort de l’épouse du médecin, le caractère de l’accusé, la dépression de son épouse… » Comme nous vous l’annoncions vendredi 28 février avant l’audience d’appel, l’avocat a également cité un mail envoyé par Jean-Louis Muller à la société de production Maha, dans lequel le médecin laisse entendre qu’il n’a pas ressenti ce programme comme une atteinte à sa vie privée. Ces arguments n’auront pas suffit.

Le site d’Intime conviction reste inaccessible et le téléfilm ne pourra pas être rediffusé. Cette décision de justice rarissime pose question: porte-t-elle indûment atteinte à la liberté de création? Ou protège-t-telle à raison le droit d’un homme reconnu définitivement innocent ? La sévérité de la condamnation pourrait durablement peser sur la mise en chantier de projets audiovisuels ou cinématographiques, œuvrant comme Intime conviction à la frontière de la fiction et la réalité.

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