Débat télé : une espèce en voie de disparition…

audiencesExit Les Dossiers de l’écran, L’Heure de vérité, Ripostes,  La Marche du siècle et Le Monde d’après. Voici que, parmi les dernières émissions irréductibles, Tout peut changer, de Laurent Bazin, et Ce soir (ou jamais !), de Frédéric Taddeï, pourraient bien être sur la sellette. L’émission de débat a-t-elle encore un avenir à la télévision ?

26 août 1789: l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme proclame la libre communication des pensées et des opinions.

29 juillet 1881: la loi sur la liberté de la presse supprime la censure et le délit d’opinion. De fait, les médias (dont, plus tard, la télévision) deviennent essentiels aux acteurs de la démocratie et jouent, au travers du débat, un grand rôle dans la formation de l’opinion publique. Qu’adviendrait-il si les émissions de débat disparaissaient des écrans de télévision? «C’est comme si je vous demandais s’il faut plusieurs candidats à une élection. La démocratie prendrait un gros coup dans l’aile», répond Laurent Bazin, chef d’orchestre de la matinale de RTL et de la mensuelle Tout peut changer, sur France 3.

Mais voilà. Lancée en prime time à la rentrée 2013 pour succéder au Monde d’après, de Franz-Olivier Giesbert, Tout peut changer ne fédère pas. Après deux numéros très prometteurs, les audiences ont chuté, passant sous la barre du million de téléspectateurs, alors même qu’y étaient mises sur la table les questions, ô combien actuelles, du travail, des impôts et de l’égalité des sexes en France. Alors pourquoi un tel désengouement du public?

L’arbre qui masque la forêt
« Il y a une quotidienne de débat qui réunit chaque jour sur France 5 quelque deux millions de téléspectateurs, note le journaliste. Il y a un microclimat C dans l’air, présenté par Yves Calvi, qui dément tout ce que l’on pense en ce moment et apporte la preuve indiscutable que le débat a encore sa place à la télévision. Bien envoyé, cela doit donc pouvoir aussi fonctionner ailleurs. Reste à se poser les bonnes questions. Or, je crois que nous n’avons pas encore trouvé la martingale. »

Vaste programme, qui consiste à trouver le ton juste, un animateur qui incarne fort son émission, des problématiques actuelles mais pas anxiogènes et des intervenants qui expliquent plutôt que de se montrer moralistes, dogmatiques ou idéologues. Selon Yves Calvi: « Pour réussir une émission de débat, il faut être capable de se mettre à la place du téléspectateur ». Laurent Bazin ajoute: « L’art de la télévision, c’est de savoir trouver un chemin vers le téléspectateur ». Un chemin qui passe également par le choix de la chaîne, de l’heure de diffusion et de la place dans la grille de programmes.

Habitude très française
« Nous sommes un pays qui aime beaucoup débattre, avoir des idées. Mais diffuser un document suivi d’un débat en prime time, un peu à la manière des Dossiers de l’écran il y a vingt-cinq ans, est une habitude très française qui s’est perdue dans les séries, dans la téléréalité et dans le divertissement, conclut l’animateur. Le débat est devenu difficile parce que, à 20 h 50, le téléspectateur a envie de se détendre et pas de réfléchir. Pour autant je continuerai à défendre le débat. D’abord parce qu’il est nécessaire. Et ensuite parce que j’aime ça. »

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