Pourquoi les poids lourds de l’audiovisuel fusionnent…

rechercheLes opérateurs téléphoniques rachètent les géants du câble et les mastodontes de la télé-réalité se regroupent. Une concentration inédite, poussée par les nouveaux modes de consommation de l’image.

Le gigantesque opérateur téléphonique américain AT&T a confirmé dimanche 18 mai son intention de racheter le géant de la télévision par satellite DirecTV pour 49 milliards de dollars. Quelques jours plus tôt, une possible fusion entre les mastodontes de la production de télé-réalité Endemol, Shine Group et Core Media Group, était annoncée. Jan Dawson, directeur de Jackdaw Research, un cabinet de conseil spécialisé sur la confluence des modes de consommations des médias, décrypte les raisons de ces méga rapprochements dans le monde de l’audiovisuel américain.

Quelles raisons ont pu pousser un opérateur téléphonique comme AT&T à racheter DirecTV, le plus important fournisseur de télévision par satellite ?
Aujourd’hui, la vidéo et la musique ne sont plus liées à un support en particulier. La télévision est en train de suivre le même mouvement. En rachetant DirecTV, AT&T s’inscrit dans cette tendance d’une consommation de la télévision sur tous les écrans (téléviseur, portable, tablette…). A l’avenir, AT&T offrira à un prix sans doute avantageux à la fois de la télévision par satellite, de l’internet haut débit, et un abonnement téléphonique. L’opérateur téléphonique espère ainsi que de nombreux Américains vont payer pour l’ensemble (note: Le triple-play est rare aux États-Unis) et devenir leader dans ces trois domaines clés !
Par ailleurs, AT&T pourra se servir du réseau satellite de Direct TV pour toucher plus de clients dans certaines zones rurales des États-Unis dont il est absent, faute d’un signal suffisamment puissant. Enfin, les clientèles de DirecTV et AT&T stagnent et les deux sociétés attendent de ce rachat un rebond de la croissance de leurs abonnés.

Pourquoi AT&T a préféré investir dans la télévision par satellite plutôt que dans les nouveaux services de streaming et de VoD à succès que sont Netflix, Hulu et Amazon Prime ?
Il y a deux raisons à cela. D’abord, la télévision payante (câble ou satellite) représente toujours un marché énorme aux États-Unis. Un abonnement génère environ 100$ par foyer par mois, alors que Netflix, par exemple, coûte moins de 10$ par mois. Il y a encore 100 millions d’Américains qui paient pour avoir un bouquet de chaînes. C’est un marché bien plus important que celui de la Vidéo à la demande (VoD). Ensuite, AT&T veut rattraper son retard sur les géants d’internet, avant que ce ne soit eux qui commencent à élargir leurs champs d’action. Il y a actuellement une course entre la télévision traditionnelle et les services de streaming et de VoD comme Netflix. La télévision traditionnelle se doit de diversifier son offre avec la possibilité de regarder les programmes sur Ipad, sur téléphone, et en VOD, tout en gardant la qualité de l’image et l’instantanéité. De leurs côtés, les services de VOD vont essayer dans les années à venir de proposer plus de HD, et plus de programmes récents. Avec le rachat de DirecTV, AT&T prend les devants dans cette course aux nouveaux modes de consommation des médias. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’une fois le rachat acté, AT&T lance son propre service de télévision en ligne.

Ces rapprochements entre les géants des télécoms et de l’audiovisuel sont-ils inquiétants pour le consommateur ?
Le gendarme de la concurrence américain doit encore valider ces fusions. Et il n’est pas impossible qu’il refuse le rachat de DirecTV par AT&T et celui de Time Warner par Comcast (Ndlr : numéro un et deux du câble aux États-Unis). Il est évident que cela créerait deux géants sur le marché de l’audiovisuel, et mettrait le consommateur en position de faiblesse. Certains Américains, selon leur localisation, n’auront plus le choix du fournisseur pour l’abonnement à internet et la télévision par câble et par satellite. Il sera indéniablement plus facile pour les fournisseurs de faire monter les prix.
Ces fusions pourraient cependant avoir une conséquence positive: AT&T et Comcast sont toutes deux très tournées vers la démocratisation de l’accès aux nouvelles technologies. Les zones rurales, aujourd’hui moins bien desservies, pourraient donc bénéficier de la superpuissance de ces fournisseurs.

Core Media Group, Endemol et Shine, trois mastodontes de la production de télé-réalité envisagent une fusion. Pensez-vous que ce rapprochement est en partie lié aux récents regroupements des diffuseurs de contenus ?
Face au pouvoir décuplé à venir des diffuseurs AT&T et Comcast, les producteurs se rassemblent eux aussi pour garder un poids dans les négociations. La fusion entre Core Media Group, Endemol et Shine s’explique aussi par la stagnation de la télé-réalité après un boom qui a duré plusieurs années. En s’associant, ces sociétés tueraient la concurrence actuelle, et celle à venir. Comme on dit souvent : « Si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les ! »

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