Témoignage sociétal: Arrêt de « C’est ma vie »…

teleL’arrêt de « C’est ma vie » sur M6 signe la fin d’un genre à la télévision, celui du témoignage sociétal, usé par toutes les chaînes de télévision.

Maria Roche Productions a mis la clef sous la porte. La productrice de « C’est ma vie » l’a annoncé à sa cinquantaine d’intermittents la semaine dernière: En raison de l’arrêt de cette hebdo et l’absence de nouvelles commandes, elle n’a plus de travail à leur proposer. La fin d’une époque pour cette ex-collaboratrice de Jean-Luc Delarue, qui avait fait du témoignage sociétal à la télévision l’une de ses spécialités ces dernières années. M6, dernière chaîne historique à proposer ce type d’émissions à une heure de grande écoute, range à son tour ce format à l’antenne depuis 2008.

Confessions intimistes
Le témoignage sociétal in situ a connu son âge d’or dans les années 2000. Une décennie de succès, notamment grâce à « Confessions intimes » sur TF1, devenu rapidement le programme star du genre. Diffusé en deuxième partie de soirée, il pouvait rassembler jusqu’à 3,5 millions de téléspectateurs ! Mais les audiences en déclin au fil des saisons et les bidonnages de certains reportages lui ont coûté sa case.

Désormais diffusé le samedi à 1h25 du matin, « Confessions intimes » se recycle une fois par semaine en prime sur la filiale low-cost de TF1, NT1. Avant une sortie définitive de la grille des programmes? « Ce n’est pas toujours un problème d’audience, analyse un journaliste réalisateur de nombreux sujets. Les grandes chaînes n’assument plus ces émissions toujours plus trash, elles préfèrent des magazines plus positifs ».

Jean-Luc Delarue, avec sa société Réservoir Prod, avait fait du témoignage sociétal en plateau son fond de commerce. « Ça se discute » a longtemps boosté les soirées de France 2, « Toute une histoire » continue d’égayer ses début d’après-midi. Mais la société de production a peu à peu délaissé le genre, pour se concentrer sur d’autres magazines comme « Recherche appartement ou maison ».

La TNT a tué le genre
Désormais, le témoignage des « vrais gens » dans leur quotidien est devenu l’apanage de la TNT. Spécifiquement de NRJ 12. Avec « Tellement vrai », la chaîne inonde sa grille de reportages : plus de 320 sujets ont déjà été diffusés depuis son lancement ! Le concept, totalement essoré, pousse parfois les boîtes de prod’ chargées de tourner des sujets à « inventer » des histoires. « On a décidé d’arrêter, on avait fait le tour de tous les sujets possibles », confirme un ex-producteur de reportages pour la chaîne. « La TNT a tué ce format, explique un autre. Les budgets sont tellement serrés que le genre est devenu totalement cheap » et racoleur: « Mon histoire d’amour interdite », « Je pète sans arrêt », « Je travaille nu », « Jaloux malgré eux », « Mères à 15 ans »…

Avec ces magazines made in France, la TNT a aussi trouvé un excellent moyen de remplir ses quotas de diffusions d’œuvres françaises. « Le respect des quotas de NRJ 12 se fait essentiellement grâce à deux genres de programmes : les documentaires ainsi que les divertissements », relevait le CSA dans son rapport en 2012. Cette année-là, la chaîne a diffusé 1.124 heures de « Tellement vrai » et ses déclinaisons, soit 13% du temps d’antenne! Mais l’émission, multi rediffusée, s’essouffle, avec 400 à 600.000 téléspectateurs le jeudi en prime contre près du double il y a trois ans.

Tandis que NRJ 12 résiste à la mort du format, d’autres chaînes ont déjà lâché l’affaire comme W9. Les producteurs s’inquiètent maintenant de la disparition possible d’un autre genre star de la TNT, le magazine de faits divers inventé par France 2 avec « Faites entrer l’accusé ». Chaque petite chaîne a désormais SON émission. Jusqu’à épuisement des stocks et du public ?

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