Aereo perd tout espoir de révolutionner la télévision américaine…

aereoLa start-up propose de regarder la télévision en direct depuis un mobile pour une somme modique. La Cour suprême a choisi de protéger le modèle défendu par les grands réseaux de diffusion.

Les new-yorkais qui suivent la coupe du monde de football profitent d’un avantage qu’ils n’avaient pas il y a quatre ans: Ils peuvent regarder les matchs sans avoir à s’abonner au câble et sans prendre le risque de devoir les pirater sur Internet. A raison de 8 dollars par mois, la start-up Aereo leur donne accès à une trentaine de chaînes, parmi lesquelles ABC, qui dispose des fameux droits de retransmission. C’est nettement moins que la centaine de dollars que les Américains déboursent chaque mois pour accéder à toutes les chaînes du câble.

Mais cette Coupe du monde sera certainement la dernière accessible à si bon prix. Et pour cause : la Cour suprême a jugé mercredi que le modèle d’Aereo, disponible désormais dans une dizaine de villes (Boston, Détroit, Dallas, Miami, etc.), était illégal. L’entreprise, qui est soutenue par le magnat de l’audiovisuel Barry Diller, pensait pourtant avoir trouvé la faille juridique qui allait révolutionner le monde de la télévision. Son modèle est, de fait, tout à fait novateur: Aereo ne paie pas de droits de diffusion aux chaînes. Concrètement, elle installe de petites antennes dans des entrepôts, qui captent le signal transmis dans les airs par les chaînes. A priori, la loi n’interdit pas cette pratique, à partir du moment où l’antenne est individuelle. A chaque fois qu’un new-yorkais s’abonne à Aereo, il se voit donc attribuer l’une de ces fameuses antennes.

Jusqu’alors, la start-up s’en sortait plutôt bien sur le plan juridique : un tribunal de New York lui avait notamment donné raison en 2012. Mais les grands réseaux de diffusion, parmi lesquels Walt Disney, ABC, NBC, CBS et Fox, ont fait front commun pour contester cette interprétation. Ils estiment qu’Aereo ne fait ni plus ni moins que voler leur contenu. L’enjeu pour eux est immense : les géants du câble et du satellite (Time Warner, Verizon…) leur versent plus de 2 milliards de dollars par an pour diffuser ces contenus.

Cette fois, Goliath a gagné
La Cour suprême leur a donné raison à une très large majorité (6 voix contre 3), en estimant qu’Aereo violait leurs droits d’auteur. Ce combat entre David et Goliath a ainsi basculé à l’avantage du plus fort. Si le modèle d’Aereo avait été jugé légal, il aurait fait exploser toutes les règles qui gouvernent la télévision aujourd’hui et fait de nombreux perdants : la Ligue de football américain, par exemple, qui tire la moitié de ses revenus des droits télévisés, était clairement menacée.

Les géants du Net comme Google, Facebook et Yahoo! avaient pris, eux, le parti d’Aereo. Heureusement pour eux, la Cour s’est abstenue de prendre une décision large, qui aurait pu concerner tous ceux qui innovent en matière de TV sur le Net.

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