« Transparent », la série qui met à nu les préjugés…

transparentmauraLa série ne se contente pas de placer un personnage transgenre au cœur de son sujet. Tous les préjugés y passent, avec humour et émotion.

Elle remet sa perruque en place, ajuste son chandail, fixe son reflet dans le miroir de la coiffeuse, le regard fatigué mais apaisé. Maura, la soixantaine, a une annonce à faire à ses enfants : celui qu’ils appellent papa ou Mort… est une femme. « Toute ma vie, je me suis déguisé en homme, explique-t-elle à son aînée. Voilà qui je suis vraiment. »

Jill Soloway, ancienne scénariste de Six Feet under, s’est inspirée de la vie de son propre père, aujourd’hui devenu femme, pour écrire Transparent. On y suit le quotidien d’une famille de Los Angeles, les Pfefferman, celle de Maura et de ses trois enfants aux vies et aux sexualités décousues. « C’est une série sur la famille, sur le sexe, et sur l’inconditionnalité de notre amour pour les nôtres face à leur quête d’identité, explique-t-elle. Sa question centrale, c’est m’aimeras-tu encore quand je serai enfin moi-même ? » Ce qui n’est pas simple chez les Pfefferman, fratrie égoïste, aveuglée par ses névroses, incapable de faire taire ses angoisses et ses doutes pour écouter l’autre.

Sarah, l’aînée, mariée, deux enfants, entretient une relation extraconjugale avec une femme ; Josh, le cadet, producteur musical, peine à aimer et à se faire aimer ; Ali, la benjamine, au chômage, est une éternelle ado qui expérimente à tout-va. Jill Soloway dit leur mal-être, les souffrances de Maura, enfermée dans un corps d’homme (la série est ponctuée de flash-back sur son passé d’homme marié, prof de sciences politiques), mais elle opte pour une narration lumineuse, pleine de tendresse. « Changer de genre est une démarche difficile, qui provoque beaucoup de colère et de haine dans la société, analyse-t-elle. Avec Transparent, je voulais simplement en faire quelque chose de beau, d’émouvant et de drôle. » Le coming out de Maura n’est pas vécu comme une agression. Il est accueilli avec un mélange de surprise, de curiosité et d’amusement par une famille qui se cherche elle-même depuis longtemps. « Ses enfants ont compensé leur incapacité à dire leurs sentiments par une forme d’hyperactivité sexuelle », poursuit Jill Soloway.

“Transparent” refuse toute notion de norme
Transparent renverse en douceur, par l’émotion et le rire, les préjugés sur les genres. Elle met en scène des corps jeunes et moins jeunes, noirs, blancs, hétérosexuels, gays, lesbiens, trans, interroge leurs désirs, refuse toute notion de norme. « Nous vivons dans un monde où tout est fait pour plaire à l’homme blanc hétéro, s’agace Jill Soloway. C’est lui qui décide de ce qui définit une femme ou un homosexuel. Dans mon travail, j’essaye de renverser ces a priori. » Ainsi cette scène hilarante où Marcy, amie travestie de Maura, abandonnant sa douce voix pour en adopter une autre plus grave, plus « virile », incite son fils à « être un homme ». Transparent, œuvre discrètement militante, l’est plus concrètement encore dans sa fabrication. Une cinquantaine de transsexuels ont été embauchés sur son tournage, seconds rôles, figurants, scénaristes et consultants. « Ce n’était pas ma volonté de départ, mais cette série est en train d’aider la cause trans à travers le monde, s’enthousiasme Jill Soloway. Je reçois des courriers de téléspectateurs qui ont pu, grâce à Maura, faire leur coming out. »

Egalement réalisatrice, récompensée au festival de Sundance en 2013 pour le film Afternoon Delight, Jill Soloway applique à sa série les codes visuels du cinéma indépendant américain, colle à ses personnages, s’arrête sur leurs silences, capte les petits riens de leur quotidien : un regard au réveil, la découverte d’une pile de vieux vinyles, le soleil qui perce par une fenêtre entrouverte. « Je voulais que l’on sente l’énergie qui se dégage de ces moments d’intimité, le réalisme de cette histoire qui semble si particulière, explique-t-elle. J’ai donc laissé la caméra vivre, suivre les acteurs, qui eux-mêmes improvisaient beaucoup et étaient libres de leurs mouvements. » Ces derniers sont tous d’un naturel confondant, à commencer par Jeffrey Tambor (Arrested Development), pour qui a été écrit le rôle de Maura. Récompensé par un Golden Globe, le comédien ne force jamais le trait, et parvient à éviter les stéréotypes. A rayonner, par son amour paternel, par sa féminité, par son humanité bouleversante.

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