TLT : la fin de la première télévision locale…

tltLe tribunal de commerce de Toulouse a prononcé hier la liquidation judiciaire de TLT, la première née des chaînes locales hertziennes de France en 1988.

L’histoire de TLT est une longue saga qui commence quelques années avant la date officielle de son lancement en 1988.

Télé Foire de Toulouse
Qui le sait encore ? Un petit-cousin de TLT est né à la Foire de Toulouse. Chaque année, au printemps, l’événement draine près d’un demi-million de visiteurs pendant deux semaines au Parc des expos. «La Dépêche du Midi» y consacre plusieurs pages quotidiennes. Depuis 1985, Evelyne-Jean Baylet, présidente du groupe, nourrit le projet d’une télévision locale. Elle préside une association baptisée «Télé Toulouse» qui regroupe, autour de «La Dépêche» et de la mairie, de nombreux partenaires. Une association qui, en 1986, dans le cadre d’un appel à projets national, produit une maquette de 52 minutes. Mais cette année-là, la Foire donne lieu à une expérience inédite. Chapeautée par Guy-Michel Empociello, rédacteur en chef adjoint, une équipe de journalistes de «La Dépêche», René Grando, Sylvain Dhollande, Alain Zambeaux et Bernard Lescure, jouent les pionniers avec Télé Foire de Toulouse. Infos, variétés, pubs… sur le plateau de TFT, au cœur de la Foire, défilent invités, partenaires et stars de la chanson. Le tout piloté par l’animateur vedette Des Chiffres et des lettres, Patrice Laffont. Patrick Bruel chante au piano «Marre de cette nana-là». «Images» fait sa première télé avec son futur tube, les Démons de minuit. «Ils avaient acheté des costumes juste avant», se rappelle Bernard Lescure. Michel Delpech, Yves Duteil, Michel Boujenah, Nino Ferrer… pendant deux ans, les vedettes se succèdent. En 1987, Télé Foire de Toulouse obtient l’autorisation d’émettre dans l’agglo sur le canal 37.

L’âge d’or
Le 7 avril 1988, à 19 heures, place Alphonse-Jourdain, trois cents invités sont réunis pour le lancement de la première télé locale hertzienne de France autour de Dominique Baudis, maire de Toulouse, et d’Evelyne-Jean Baylet, marraine de TLT. Dans le cadre de la concession du câble, le premier magistrat a obtenu de la Compagnie générale des eaux qu’elle finance la télé locale. Après la «5» et «TV6», les Toulousains règlent leur poste sur ce qui restera longtemps «la 7». «C’était une période grisante. Tout était possible : des directs régulièrement, des JT décentralisés… La télé locale avait sa raison d’être», se souvient Jean-Pierre Alaux qui présente le journal de 1989 à 1999. En 1993, pour l’inauguration du métro, le journaliste prend l’antenne à 8 heures et la rend à 20 heures. «On m’apportait des sandwiches…» Quelques jours plus tôt, la télé locale était montée à Paris interviewer le Premier ministre Balladur. Sous la houlette d’un directeur de l’information emblématique, Philippe Bes, et d’un patron, professionnel de la télé reconnu, Robert Pietri, c’est l’effervescence. «On voyait les caméras de TLT partout», poursuit Jean-Pierre Alaux. En 1991, Télé Toulouse fournit pour TF1, depuis Latché, les images de la rencontre Mitterrand-Gorbatchev. Dans «Silence on rock», Greg Lamazères invite les groupes toulousains. Les Chevaliers du Fiel ont leur émission.

Le 21 septembre 2001
Comme pour tous les Toulousains, la catastrophe d’AZF reste ancrée dans la mémoire de la chaîne. «Le jour-là, ça a été le branle-bas de combat pour ouvrir l’antenne à midi. Beaucoup de Toulousains nous appelaient pour avoir des infos», se rappelle Alain Saurat, journaliste reporter d’images. «En entendant l’explosion, on a décidé de partir à plusieurs équipes dans Toulouse, souligne Anne Oriol. Nous étions les premiers sur le site». Dans l’usine dévastée, guidée par des ouvriers, la journaliste se rend au pied du cratère. Le cameraman filme en continu. Les cassettes sont envoyées au fur et à mesure à la rédaction.

La télé paillettes
Quand la CGE se désengage en 2002, le nouvel opérateur, Lagardère, injecte des moyens : ouverture de l’antenne le matin et nouvelles émissions, déménagement de Compans à l’Arche Marengo et nouveau plateau (depuis scindé en deux), etc. Des moyens «en termes de vitrine, juge François Reboul, chef monteur réalisateur. Il fallait faire quelque chose de plus chic, donner un look parisien à une télé locale» et notamment gommer «les papys à casquette de l’antenne». TLT, qui fait l’objet d’enjeux politiques, change de logo. Lors du déménagement, une partie des archives part à la poubelle. C’est l’époque des soirées au sixième étage de l’Arche et au Purple. L’aventure laisse un goût amer dans les rangs. D’autant qu’elle se termine par un plan social. En 2008, TLT est en redressement judiciaire. Elle perd une bonne moitié de ses effectifs dont sa présentatrice vedette Priscille Lacombe, et poursuit sa route avec une vingtaine de salariés.

La télé low cost
TLT survit mais traîne une dette. En 2013, Emmanuel Schwartzenberg succède à René Grando à la tête de la chaîne. Mais ce connaisseur de l’audiovisuel ne peut enrayer la chute de l’audience, 26 500 téléspectateurs par jour tout de même selon Médiamétrie. Surtout, pendant ce temps, le nombre de télés a explosé, l’ex-7 est devenue chaîne 331 sur la Free box ou 236 chez Orange. Élu maire de Toulouse en 2014, Jean-Luc Moudenc ne veut plus «d’un puits sans fond», répète-il, et cherche un repreneur. France Télé, LCI, Fiducial, Bolloré, BFM… fin 2014, plusieurs acteurs étudient le dossier et ne donnent pas suite.

Les grandes dates
Avril 1986 et 1987 : Télé Foire de Toulouse.
7 avril 1988 : lancement de Télé Toulouse.
2002 : la CGE se désengage._Arrivée de Lagardère.2003 : déménagement de Compans à l’Arche Marengo.
2008 : en novembre, redressement judiciaire et plan de continuation.

source : ladepeche.fr

Laisser un commentaire