Avec “Marseille”, Netflix arrive chez les Gaulois…

netflixlogoPour sa première série française, “Marseille”, il n’a pas lésiné sur le casting et vise un succès mondial. Netflix, un parrain nommé désir ?

Entassés dans la tribune présidentielle du Vélodrome, une poignée de supporters de l’OM célèbrent bruyamment un but de leur équipe. Pourtant, la pelouse immaculée, écrasée par le soleil de début septembre, est vide. « Faites semblant d’applaudir », leur rappelle un assistant, planté en bas des gradins, derrière les caméras. En haut des marches, par la porte des loges, surgit Gérard Depardieu, costume sombre, démarche sûre, embonpoint conquérant. A ses ­côtés, Benoît Magimel, mèche blonde décolorée et petites lunettes. Le tournage de Marseille, la première série française de Netflix, vient de débuter. « Ce sera la première scène de la série, précise Florent Emilio-Siri, un de ses réalisateurs (avec Samuel Benchetrit). César et Brutus entrant dans l’arène. » Une arène politique, au coeur d’une histoire familiale aux accents mafieux, où le tout-puissant maire de la cité phocé­enne, Robert Taro (Gérard Depardieu), affronte son protégé Lucas Barres (Benoît Magimel) aux élections municipales.

Attendue au printemps prochain, Marseille est la dernière étape du débarquement musclé de Netflix en France. Ses dirigeants ont « regardé beaucoup de télévision française pour trouver un espace où Netflix pourrait exister », explique Erik Barmack, vice-président des contenus originaux internationaux du groupe, « l’homme de Netflix sur la série », résume Dan Franck, unique scénariste de Marseille.

Ils ont fait le tour de la place de Paris, étudié le marché et jeté leur dévolu sur Pascal Breton, producteur éclectique (de la série Sous le soleil à Ken Park, de Larry Clark), dont la compagnie, Federation Entertainment, a ses entrées outre-Atlantique. « J’avais déjà Marseille dans mes cartons et quand je leur en ai parlé, j’ai senti qu’ils étaient intéressés. Ils avaient vu Carlos, d’Olivier Assayas, écrit par Dan, il y avait certes une certaine ressemblance avec House of cards, leur premier grand succès. »

A la conquête du monde
Marseille a été comparée à cette série phare de Netflix. Sujet proche, même violence psychologique, même accent mis sur un casting prestigieux. Ne serait-ce qu’un calcul cynique, résultat du fameux algorithme qui permettrait à la plateforme d’anticiper ce que les consommateurs veulent voir? « Ce serait nous faire un procès d’intention, conteste Erik Barmack. Aucune de nos autres séries originales internationales n’est une copie de House of cards ». « On ne m’a jamais parlé d’un quelconque algorithme », s’agace Dan Franck. D’ailleurs, jure-t-il, personne ne lui a imposé quoi que ce soit, « Je ne suis pas un mec qui se laisse emmerder », lâche-t-il.

A en croire l’équipe de Marseille, Netflix est un paradis créatif. Une fois les producteur, réalisateur et acteurs choisis, « nous ne leur dictons pas la façon dont ils doivent travailler, insiste Erik Barmack. Nous leur disons juste de foncer et de faire la meilleure ­série possible ». Ce qui ne l’empêche pas de lire les scénarios et de donner son point de vue « quand on le lui demande ».

Avec une telle liberté créative, Netflix peut-il bouleverser le paysage de la série française? Le groupe voit les choses légèrement différemment. Si elles ont bien une origine (Amérique latine pour Narcos, Mexique pour Club de Cuervos), ses séries « étrangères » sont mises en ligne simultanément aux quatre coins du monde. « Nous envisageons nos productions comme des séries internationales, qui s’adressent à un public plus large que celui du pays concerné », explique Erik Barmack.

Lancé à la conquête du monde, Netflix se voit comme un diffuseur global. « Ils sont mondiaux, confirme Benoît Magimel. On pense immédiatement que l’on va être vu par plus de monde qu’une série faite pour la télé française. » Ce qui ne veut pas dire que les spécificités locales doivent être ignorées, bien au contraire. « Nous racontons avec Marseille une histoire très locale, faite localement, mais qui doit pouvoir s’exporter », précise Erik Barmack. « Marseille doit être authentique, il faut qu’elle sente la bouillabaisse, plaisante Pascal Breton. Mais son sujet, la passion politique, est mondial. »

Coup de pub ou investissement au long cours ?
Si le budget de Marseille n’est pas supérieur à celui d’une série du PAF (environ 1 million d’euros par épisode), la ­liberté promise par Netflix et l’ambition, encore rare chez nous, d’une saison produite par an (rien n’est encore décidé pour Marseille) peuvent justifier à elles seules l’intérêt qui entoure les créations originales du site. « Quand je dis que je tourne la première série française de Netflix, les regards s’illuminent, s’enthousiasme Géraldine Pailhas, qui incarne l’épouse de Robert Taro. Ce nom crée un désir. Il y a tellement de gens peu curieux, qui tournent en boucle avec les mêmes comédiens, les mêmes projets, les mêmes types de scripts… Il y a là une curiosité, qui vient de l’extérieur. Ça ne peut que nous faire du bien. »

Reste à savoir si Marseille sera un beau coup de pub, ou le début d’un investissement au long cours de Netflix dans la création hexagonale. « Nous avons de nombreuses discussions avec des producteurs français, lâche, sans vouloir en dire plus, Erik Barmack. Nous comptons faire plus de séries à l’étranger, et Marseille sera un test, car c’est notre première production européenne qui ne soit pas en anglais. Si elle marche, nous en ferons d’autres ». Mais rien ne dit qu’elles ne seront pas en italien ou en allemand…

source : Pierre LanglaisTwitter – telerama.fr  

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