L’ère des sondages et de la télévision…

graphL’élection présidentielle de 1965 fut celle des trois révolutions : le suffrage universel pour élire un chef de l’État, la télévision et les sondages. La France entrait dans l’ère de la politique moderne et laissait présager la rupture des événements de mai 1968.

Le général de Gaulle a désormais de sérieux concurrents sur les écrans
Jusqu’au bout, le général de Gaulle avait maintenu le suspense sur sa candidature. Début novembre, il fit savoir qu’il se représentait à la présidence de la République. Ses cinq adversaires étaient déjà en campagne : François Mitterrand, Jean Lecanuet, Jean-Louis Tixier-Vignancourt, Marcel Barbu et Pierre Marcilhacy. Pour la première fois dans l’histoire de la République, les Français allaient pouvoir élire directement leur président.

La révolution n’est pas que politique. Elle touche aussi aux habitudes de la société. La télévision qui, petit à petit, s’introduit dans tous les foyers se met à son tour en campagne. Un tirage au sort pour déterminer les temps de parole et les heures de passage a été réalisé. Les lecteurs de L’Alsace le découvrent dans leur quotidien. Cette fois, le général, qui en avait quasiment le monopole, ne sera plus seul à s’adresser à ses compatriotes.

Chacun se demande comment se déroulera cette nouvelle manière de faire campagne
Dans Paris Match , Raymond Tournoux s’interroge : « la télévision joue-t-elle contre de Gaulle ? » Constat de l’hebdomadaire : « C’était son arme préférée depuis sept ans. En cinq fois deux heures, l’opposition essaie de le battre sur son terrain ». Les Français se passionnent. « Dans notre classe, au lycée, on ne fait plus rien, on ne pense qu’à l’élection » confesse un jeune homme qui, pourtant, n’a pas encore l’âge de voter. « On s’arrache les téléviseurs de location : 35 % de clients en plus que pour les Jeux de Tokyo », reconnaît un loueur.

Les Français dévorent les émissions électorales, reste à savoir pour qui ils voteront. Pour la première fois, les sondeurs opèrent. Match a suivi les enquêteurs de l’Ifop et même pu photographier ceux qui composent le panel « de 2000 Français qui donnent exactement le pouls de la France ». « Les renseignements fournis chaque jour sont livrés à une trieuse électronique ».

Pour dire sondage, on emploie le mot Gallup, nom de l’Américain qui les a inventés. Au début des années soixante, la « sondomania » n’a pas encore atteint la France. Pourtant, les industriels utilisent déjà cet instrument de mesure pour optimiser leur production. Le gouvernement y a eu recours pour prévoir ce qu’allait donner le résultat du référendum sur l’avenir de l’Algérie. Ils ont annoncé ce qu’allaient confirmer ces consultations à haut risque.

La fourchette gagnante
Roland Sadoun est le grand maître des sondages de l’Ifop. Le premier tour de l’élection présidentielle sera son heure de gloire. Paris Match raconte : « Le soir du 5 septembre, à 21 heures, l’IBM 7330 qui est chargée d’interpréter les votes témoins donne une première information : ballottage. Le nombre de voix obtenues par de Gaulle est situé au centre d’une fourchette comprise entre 38 % et 21 %, c’est-à-dire 44,5 % ».

Le général obtiendra 44,65 % des suffrages de ses compatriotes. François Mitterrand 31,72 %. Ce n’est pas mai 1968, mais la France de la télévision et des sondeurs dessine déjà le portrait d’un pays qui tourne la page de l’homme du 18 juin.

source : lalsace.fr – Raymond Couraud

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