« La télé a le grand tort de faire partie de notre quotidien »…

Malgré de bons scores d’audience, la télévision souffre toujours d’une mauvaise image. Son tort ? Être disponible dans le foyer.

« Il n’y a rien à la télé ce soir, comme d’habitude ». Et allez, encore une petite phrase plus convenue que convenable entendue ce matin au café du coin. Une petite phrase que rien n’étaie, surtout pas l’étude du programme du jour. Dire « la télé c’est nul », c’est aussi facile que d’affirmer « l’eau mouille », mais c’est moins vrai. La TV a le grand tort de faire partie de notre quotidien, d’être « chez nous ». Comme le paillasson ! Le cinéma, croit-on, « se mérite », lui, comme le théâtre ou le concert.

Y aller, sortir, nécessite en effet d’abord une prise de décision, avec prise de risque. Que va-t-on voir, et ne va-t-on pas être déçus ? Quelle glorieuse incertitude ! Alors que le poste de télé, pas vrai, il est dans le salon pour tout le monde, donc pour personne aux yeux de certains. Et c’est drôle que beaucoup de jeunes croient regarder les chaines avec plus de discernement parce qu’ils les consomment simplement différemment, « ailleurs », sur un portable, une tablette, et bientôt peut-être sur une grosse chevalière ou une épingle à nourrice… Allez savoir.

De bons scores d’audience
C’est d’ailleurs là que nous avons le droit de rappeler une donnée commerciale ultra-récente, l’explosion des ventes d’écrans ultra plats. Soit dit sans justement vouloir mettre les pieds… dans le plat ! Le téléspectateur ne va pas regarder la télé avec plus d’attention, mais il la verra mieux. Et c’est déjà une satisfaction !

Mais pour en revenir au propos initial, et justement à propos d’écran, je voudrais en dénoncer un, l' »écran de fumée », qui nous empêche manifestement de juger sainement les émissions. Comment faire croire que le programme du jour est un programme bas de gamme quand on a sur TF1 une spéciale qui fait « diversion », ou « illusion », comme vous voulez, « diversion », c’est en tout cas le titre d’une spéciale magie assurée par de séduisants pros une fois encore irréprochables « côté pile côté poils ».

Même intérêt sur France 2 avec le poulet du jour du poisson, Cherif, actuellement systématiquement en tête des audiences le vendredi. Même bonne santé pour M6 grâce à l’inoxydable NCIS. Et enfin et surtout, impossible de terminer sans citer mon énorme coup de cœur, la spéciale Jean-Christophe Averty sur France 3.

Jean-Christophe Averty, un iconoclaste de génie
Deux heures de pur bonheur devant cet iconoclaste de génie, à la fois classique et terriblement novateur, dérangeant. Il était l’enfant terrible des variétés et il l’est resté, créateur épique de l’époque 1960-1980. Adoré par les uns, détesté par les autres (dont ma mère) pour avoir passé des poupons en cellulose à la moulinette, au hachoir ou à la râpe à fromage. Il a maltraité toutes les stars pour mieux les magnifier, utilisant la peinture, les formes géométriques, le surréalisme, et surtout le noir et blanc.

Il touchait à tout et ne respectait rien sauf « son art, les émissions enregistrées et le playback » (sic). Il en rajoutait bien sûr, avec ses humeurs et son humour mais son génie créatif et son sens de l’image bien léchée (pas par n’importe qui !) ont fait de lui le seul réalisateur engagé par les américains pour tourner de grands shows.

C’est un peu, voyez-vous, comme si un petit garagiste indépendant expliquait à Michelin comment faire des pneus ! Il est donc interdit de louper cette spéciale proposée par Mireille Dumas. Elle prouve que, depuis, ce créateur n’a été ni imité ni égalé. Et ce n’est pas près de changer, soyez-en… Averty !

source : RTL | Isabelle Morini-Bosc
corrections : LTQJA

Laisser un commentaire