“Les enfants de la télé” de Ruquier : jusqu’au bout de l’ennui…

Avec Laurent Ruquier aux commandes, l’émission a perdu ce petit quelque chose de fantaisiste qui lui donnait un peu d’âme. Et creuse encore plus son vide abyssal.

« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser. » Imaginer Blaise Pascal digérer son gigot-flageolets du dimanche devant un poste allumé sur France 2 donne à envisager les quelques lignes qu’il aurait pu ajouter à ses Pensées sur Les enfants de la télé. Consacrer plus d’une heure de sa vie à cette émission qui peine tant à distraire, c’est faire l’expérience désenchantée du vide, sur un mode à peine moins déprimant que de songer à l’humaine condition. Pour détourner notre esprit du tragique de l’existence, comme le préconise la devise canonique de la télévision (« Informer, éduquer, distraire »), encore faut-il un brin de fantaisie, de drôlerie ou d’illusion. Ce dont Arthur s’acquittait plutôt bien depuis vingt-deux saisons, faisant régner sur son plateau un brin d’esprit potache qui compensait le caractère creux et répétitif de l’émission.

La télé, la grande fabrique de l’oubli
De retour cette rentrée sur le service public après dix ans sur TF1, la voilà animée par Laurent Ruquier. Pas sûr qu’elle y gagne… Les deux premiers numéros souffrent précisément d’un ton moins déconnant, qui laisse d’autant plus apparaître son caractère insignifiant. Des fous rires de Denise Fabre, speakerine dont le joyeux caractère fit le bonheur des réalisateurs de bêtisiers, aux premières apparitions télé de Pascal Obispo ou de Thierry Lhermitte, difficile de trouver un quelconque intérêt à cette succession d’archives cent fois vues et bêtement commentées, au-delà du fait qu’elle nous donne à penser que la télé n’a pas d’histoire, qu’elle fabrique de l’oubli. Qu’elle ne fait que marquer l’inexorable écoulement du temps. Passant de la Une à la Deux et d’Arthur à Ruquier, Les enfants de la télé gagne en ennui et, ce faisant, acquiert la dimension métaphysique d’une vanité moderne. Était-ce bien là l’idée ?

source : télérama | françois ekchajzer

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